21 mars 2015

Mes aïeules modistes (Généathème)


Rosalie Véronique Pélin est née à Paladru le 13 septembre 1856. Son père André était meunier et sa mère Marie est dite couturière, repasseuse ou encore modiste. Le 7 mars 1872, lorsque sa mère meurt, Rosalie n'a pas encore 16 ans mais j'imagine qu'elle avait été initiée dès son plus jeune âge à la couture et au textile. Peut-être même utilisera t-elle les outils légués par sa mère.


Rosalie épouse le 6 mars 1878 un proche voisin, Flavien Carrel. Ce dernier, selon les années, exerce les professions de perruquier ou veloutier. Rosalie, elle, est modiste: comme sa mère, elle fabrique des chapeaux.

Le couple tissera également la soie. Le tissage de la soie est alors en pleine expansion. En cette période d'industrialisation, le chanvre laisse peu à peu sa place à la soie. «Femmes et filles qui jadis filaient le chanvre sur des rouets, s’activent désormais sur des métiers à tisser la soie». De plus «le tissage à domicile se diffuse largement dans les campagnes sous le Second Empire. Jamais, il n’y a eu autant de métiers à tisser dans les chaumières du Bas-Dauphiné».¹


Ancien rouet utilisé jadis pour le tissage en Dauphiné.
image: http://labastido.canalblog.com


Même si elle était loin de l'effervescence de la mode parisienne, une modiste de la fin du XIXe siècle devait se tenir informé des dernières tendances. Rosalie utilisait sans doute le savoir-faire de son époux, qui lui, tissait la soie et le velours. On retrouve certaines de ces modes dans la presse féminine de l'époque, dont les pages auraient pu inspirer Rosalie et ses chapeaux.

La Fantaisie, journal des modistes et lingères, janvier 1885
Gallica

Les modes, juillet 1901
Gallica

Les modes, avril 1902
Rosalie et Flavien eurent deux enfants: Raymond né en 1879, décédé durant la Première Guerre Mondiale, lire l'article le concernant ; et Marie Joséphine née en 1882, mon arrière arrière grand-mère, qui continua sur la lancée de sa mère et de sa grand-mère, puisqu'elle fut également tisseuse de soie.
 
Photographie de Marie Joséphine Carrel, collection personnelle
Sources:
- Etat-civil de Paladru
- ¹ L’industrialisation du Bas-Dauphiné: le cas du textile par Jérôme Rojon, 2007, à lire sur http://theses.univ-lyon2.fr/

9 mars 2015

À quelques pas de Napoléon


Bonaparte franchissant le Grand Saint-Bernard

Il y a deux cent ans, jour pour jour, Napoléon s'arrêtait à l'Hôtel de la Poste de Rives (Isère).



Après son abdication et son exil à l'île d'Elbe, Napoléon revient en France dans le but de reprendre le pouvoir. Il débarque à Golfe Juan (Alpes Maritimes), le 1er mars 1815. L'ancien empereur choisit de se rendre à Lyon par les Alpes, afin d'éviter les villes royalistes de la vallée du Rhône. Il empreinte la route montagneuse connue désormais comme la Route Napoélon.

Le 7 mars des troupes se rallient à Napoléon à Laffrey, près de Vizille (Isère). Il arrive triomphant à Grenoble le soir même et y est acclamé. Il en repartira le 9 mars pour rejoindre la ville de Bourgoin-Jallieu. C'est sur cette route qu'il fit un arrêt à l'Hôtel de la Poste de Rives.

Napoléon atteindra Paris le 20 mars 1815. Mais il abdiquera une deuxième fois le 22 juin 1815, quelques jours après la célèbre défaite de la bataille de Waterloo.


Entrée de Napoléon à Grenoble, estampe, Gallica

Il y a deux cent ans, comme de nombreux habitants de Rives, j'aurai aperçu depuis ma fenêtre Napoléon descendant de son cheval pour se reposer quelques instants, avant d'aller reconquérir son titre d'empereur.

30 janvier 2015

L'affaire Bélissat: le drame du lessis



Madeleine Bélissat était née le 26 janvier 1827, du mariage de Joseph et Madeleine, cultivateurs à Saint-Clair sur Galaure (Isère). Elle épousa en février 1853 Jean-Baptiste Giraud, un jeune homme originaire de son village.

Après deux années de vie commune, Jean-Baptiste fut condamné pour vol à quatre ans de prison. Mais rapidement l'époux fut gracié.
 
 
Tout le monde avait connaissance du caractère doux et docile de Jean-Baptiste. Un homme robuste, à la constitution herculéenne et qui faisait tout pour assurer à son foyer une vie convenable. A l'opposé de son épouse Madeleine, que tout le village savait méchante et avare.

Acte de mariage de Jean-Baptiste Giraud et Madeleine Bélissat
www.archives-isere.fr/
  
Après son court séjour en prison, notre homme retourna vivre aux côtés de sa femme. Malgré ses honnêtes qualités, Madeleine n'appréciait guère son mari et leurs caractères contraires ne permettaient aucune entente. Plusieurs fois encore, Jean-Baptiste fut soupçonné de vols par les accusations de sa femme, qui faisait tout pour le voir quitter le foyer.

La concorde ne revint jamais entre les époux. Au moins de mars 1862, ils se disputèrent violemment. Alors que Jean-Baptiste évoquait son horreur pour un meurtre perpétré dans la région, Madeleine lui répondit:

«Tu ne sais pas, toi, de quelle mort tu mourras !»

La nuit du 14 au 15 mars 1862, Jean-Baptiste revenait d'une journée de labeur et épuisé, il se coucha très tôt. Il remarqua cependant que sa femme avait placé sur le feu sa marmite. À une heure du matin, il fut réveillé par une horrible douleur, causée par un liquide brûlant provenant de la marmite et qui venait d'être répandu sur son visage.

Il sauta du lit et aperçut Madeleine qui sortait de la maison. Lui même courut chez son voisin Bernard, aux yeux duquel il apparut horriblement défiguré et sur le point d'expirer. Bernard lui porta immédiatement les premiers secours.

Madeleine fut arrêtée dans la soirée du 15 mars. Elle ne laissa transparaître aucun remord et resta même de marbre lorsqu'elle se retrouva face à leurs deux enfants.


 
Bernard, voisin des époux, avait raccompagné Jean-Baptiste chez lui la nuit du drame. Il avait remarqué près du lit, devant la porte, une marmite encore fumante contenant un dépôt de cendres. Le lit était également inondé de cette matière brûlante. Les propos tenus par Madeleine laissait paraître sa préméditation pour le crime. L'intention de donner la mort était flagrante par le choix du liquide: il est appelé "lessis" et obtenu par l'ébullition prolongée de cendres. Cette substance est bien connue pour avoir un effet destructif supérieur à une simple eau bouillante.

Jean-Baptiste fut brûlé au second degré sur tout le visage et la partie droite du cou. S'il survit aux blessures, il dut endurer cinquante jours de douleurs continuelles. Quant à Madeleine, elle fut déclarée coupable suite à son procès, le 2 juin 1862. Elle fut condamnée à vingt ans de travaux forcés.
 
Madeleine vivra exilée à Montpellier où elle décèdera le 23 mai 1865.

Acte de décès de Madeleine Bélissat
http://archives-pierresvives.herault.fr/


Sources:
Archives départementales de l'Isère et de l'Hérault
L'Impartial Dauphinois, 8 juin 1862
Illustration: Le Christ chez Marthe et Marie, de Joos Goemaere

30 décembre 2014

2014: rétrospective généalogique

Débuts d'année
 
Les premiers mois de cette année 2014 furent très calme généalogiquement parlant. Ils m'ont tout de même permis de vous parler de mon arrière grand-mère Jeanne, née le 2 mars 1914, qui serait aujourd'hui centenaire. C'est d'ailleurs les deux articles que je lui ai consacré cette année qui ont reçu le plus de visiteurs: À la découverte de Jeanne: lettres et souvenirs ainsi que Jeanne, 100 mots pour une vie. Un autre de mes sujets de prédilection, qui a donné son nom à ce blog, est l'histoire du Dauphiné. C'est ainsi qu'en mars je vous contais La légende des aboyeuses, où se mêlent hystérie et religion.
 
Juin, mois de challenge

J'ai adoré participer au Challenge AZ de Sophie Boudarel: 21 articles ou l'occasion de faire le point sur mes recherches, d'illustrer la vie de mes aïeux et de relier petite et grande histoire. Comme par exemple la vie de César, mon ancêtre savoyard qui partit guerroyer en Corse au service de Louis XV, avant d'être blessé et déclaré soldat invalide. Il devint par la suite teinturier en soie à Lyon et finit ses jours dans son village natal, où sa servante lui donnera une fille illégitime nommée Florence. Un aventurier, mon César !
 
L'inattendu de juillet
 
Il s'agit sans doute de la recherche la plus marquante de cette année. J'ai découvert dans les archives communales de La Côte-Saint-André (38) que Jean-Pierre Granat, tuteur de mon aïeul Victor, fut déclaré aliéné en 1912 et enfermé à l'asile. Cette découverte m'a permis de me familiariser avec les archives communales ou hospitalières.


Commémorations de novembre
 
 
En novembre j'ai eu la chance de pouvoir partager mes recherches lors de l'exposition sur la Grande Guerre qui avait lieu à Paladru (38). Une partie d'un projet qui me tenait à cœur s'est donc réalisée: rendre hommage aux soldats Morts pour la France de la commune. Plusieurs semaines de recherches ont été nécessaires pour finalement regrouper les noms, dates de naissance et décès, ainsi que les parcours militaires de ces 41 soldats. Cerise sur le gâteau: la mairie de Paladru conservait un tableau d'honneur avec les photographies des 41 hommes Morts pour la France. De quoi illustrer mes futurs articles.



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Des projets, toujours des projets...
 
Dans mon dernier bilan 2014: une nouvelle année généalogique, j'avais pour projet de numériser les nombreux cartons de photographies que j'avais collectés. C'est un zéro pointé! Concernant les autres tâches que je m'étais fixé, deux sont en partie réalisées: mieux connaître la vie de mes ancêtres et rendre hommage aux Morts pour la France de Paladru.
 
...encore des projets?
 
Alors que souhaiter pour 2015? Je vous ferais bien une nouvelle liste de promesses mais cette année m'a montré qu'il faut garder les pieds sur terre. On ne prévoit jamais un déménagement, d'être le témoin d'un mariage...et les autres moments de la vie. J'aimerai continuer sur ma lancée, découvrir des anecdotes et des détails sur mes ancêtres. Partir enfin à la découverte de mes aïeux italiens et suisses. Prendre le temps de numériser mes photos et documents.
 
Mais à l'heure actuelle, je ne formulerai qu'un seul souhait: quitte à parfois m'éloigner de ma recherche initiale, je veux apprécier les moments de généalogie comme ils se présentent à moi, en espérant qu'ils soient encore nombreux... très nombreux.