26 novembre 2013

La maîtresse du curé: un scandale isérois


Les prémices

Acte de naissance de Constant Trouilloud, 9 avril 1839
 
Constant Trouilloud était né le 9 avril 1839 à Bilieu, de l'union de Jean-Baptiste Trouilloud et d'Emilie Budillon. Fils et petit-fils de cultivateurs, il passa son enfance sur les bords du lac de Paladru. Il fut ordonné prêtre en 1864 et débuta sa carrière ecclésiastique à Ste Agnès, St Mury puis au Cheylas et à La Sône, où il s'était fait remarquer par ses aventures galantes avec de jeunes filles. Il devint desservant à La Chapelle-de-la-Tour, près de La Tour-du-Pin, en janvier 1885.

Reine Freppaz, dite Marie, était née le 6 janvier 1866 à La Chapelle-de-la-Tour, du mariage de Mathieu Freppaz, cultivateur et de Louise Guinet. La jeune fille se destinait à l'enseignement primaire et allait prochainement passer son examen. L'abbé Trouilloud, récemment arrivé à La Chapelle, se proposa pour épauler l'élève et pour lui donner des cours particuliers.
 
Acte de naissance de Reine Freppaz, 6 janvier 1886


La maîtresse... d'école

Les parents de Marie Freppaz acceptèrent l'offre généreuse du prêtre et autorisèrent leur fille à se rendre seule au presbytère pour recevoir l'enseignement du curé. Rapidement des bavardages s'élevèrent: Marie passait de plus en plus de temps avec l'abbé, parfois même une bonne partie de la nuit et rentrait chez elle après quatre heures du matin. La domestique du curé était si scandalisée qu'elle en quitta son poste.

Mais dès les premiers jours d'octobre 1886, Marie fut admise à l'Ecole normale des institutrices à Gap. De là elle entretint une correspondance avec l'abbé Trouilloud, qu'elle réussit à cacher un temps à sa directrice en le faisant passer pour un professeur et ami de sa famille. Elle recevait parfois de petites sommes d'argent de sa part et les mots échangés dans leurs lettres témoignaient de la tendresse qu'ils se portaient. Malgré qu'elle ait reçu comme commandement de brûler les lettres après les avoir lues, Marie se livrait parfois à certaines de ses camarades à propos des journées qu'elle avait passé avec l'abbé: il lui était arrivé de s'asseoir sur ses genoux et il la prenait alors dans ses bras.

Ecole des institutrices, Gap v.1900

La fin d'une romance...

Rapidement le médecin de l'école ainsi que la directrice remarquèrent un certain mal être chez Marie. Elle avait des vomissements après chaque repas et des malaises réguliers. Le médecin se proposa pour l'examiner, soupçonnant une grossesse, mais ils reçurent une lettre de l'abbé Trouilloud, signée par le père de Marie, demandant son retour en Isère pour quelques jours. Le 10 décembre elle quitta l'école de Gap, aux frais du curé et arriva à La Chapelle-de-la-Tour vers six heures du soir.
 
Elle dîna ce soir là avec le prêtre puis le lendemain se rendit à La Tour-du-Pin dans deux pharmacies: dans la première elle acheta cinq sangsues et dans la deuxième trois sangsues et 150 grammes de chlorate de potassium. Le 11 décembre elle passa la nuit chez l'abbé et le 12 décembre 1886, entre dix et onze heures du matin, elle fut retrouvée morte dans le lit même du prêtre.

Acte de décès de Reine (Marie) Freppaz, La Chapelle-de-la-Tour, 12 décembre 1886.
Les déclarants sont Mathieu Freppaz, son père et Constant Trouilloud, curé de La Chapelle.
 
...et les débuts d'un procès
 
Lorsqu'il fut interrogé, monsieur Trouilloud affirma que Marie était venue lui demander quelques conseils et s'était soudain sentie mal. Il ne l'avait pas renvoyée et elle était morte chez lui. Le cadavre fut enterré et l'histoire aurait pu se conclure ainsi, mais très vite des rumeurs se propagèrent.


La maîtresse du curé: le procès


Sources:
- Etat-civil de Bilieu, La Chapelle-de-la-Tour, La Sône
- La Lanterne, Paris 1887, éditions des 26 mars, 6 avril, 22 mai, 4 et 5 juin http://gallica.bnf.fr/
- Fond iconographique de Geneanet, Cartes postales http://www.geneanet.org/

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